Le_long_et_difficile_parcours_vers_le_bonheur_pour_les_cr_oles

 

Nous ne sommes pas souvent nés sous une bonne étoile, nous les créoles de Guadeloupe.

Nous sommes nombreux à vivre attachés, mangeant les restes de repas quand il y en a, sans abri, nous subissons la lourde pluie tropicale et les rayons ardents du soleil.

Nous femelles, il arrive qu’un jour un de nos congénères passe par là, un qui a la chance d’être libre, temporairement peut être.  Nous faisons connaissance et quelques mois plus tard nous mettons des bébés au monde.

Nos propriétaires nous abandonnent alors dans la nature avec notre portée ou nous enlèvent nos petits dès qu’ils sont sevrés pour les jeter quelque part.

Que nous soyons petits ou grands, notre vie d’errance commence alors …

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Au début, nos journées se passent à rechercher de la nourriture. Nous nous approchons des humains mais nous comprenons vite que nous ne sommes pas les bienvenus. Alors nous attendons la nuit pour essayer de grappiller de quoi manger, nous fouillons les poubelles, que ce soit sur les plages ou près des habitations.

Si nous sommes abandonnés loin de tout, dans la forêt tropicale, les champs de canne, la campêche ou la savane nous dépérissons à vue d’œil.

Heureusement pour nous, il existe de belles et bonnes personnes dans l’archipel. Certains d’entre nous ont la chance d’en rencontrer. Ils sont alors sauvés et la suite de leur histoire devient un conte de fée à première vue. Mais tout n’est pas si rose malheureusement. Il est vraiment long le chemin pour arriver jusqu’au bonheur.

Dans un premier temps, la plupart d’entre nous sont sécurisés dans des familles d’accueil mais faute de place certains doivent aller en pension.

Dans tous les cas, nous n’avons plus faim, ni soif. Nous côtoyons des humains gentils et nous nous laissons apprivoiser petit à petit.

Les plus heureux sont ceux qui vivent dans un foyer, ils se laissent aller profitant de leur nouvelle vie, ils ne savent pas qu’elle n’est que provisoire et que le temps de la séparation arrive malheureusement à grands pas.

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Ceux qui vivent en pension, par contre, s’ennuient dans leur box. Ils ont quelques instants de liberté dans une petite aire d’herbe et quelques visites d’humains, c’est déjà mieux que leur passé à l’attache ou à errer.

Ils passent leurs journées à attendre ceux qui leur ouvriront la porte, leur donneront à boire et à manger et quelques caresses qu’ils n’ont jamais connues.

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Rares sont ceux qui trouvent des adoptants en Guadeloupe, ils sont donc nombreux à devoir partir.

Les adieux sont déchirants pour ceux qui sont en famille, ils ont leur cœur gros en sentant qu’on les emmène loin de l’endroit où ils commençaient à être heureux. Ils ressentent également la peine de ceux qu’ils avaient considérés comme leurs maîtres et stressent davantage.

Ceux qui sont en box sont eux aussi remplis d’appréhension se demandant bien quel sort on leur réserve.

Tous partent vers le continent européen, la plupart vers la métropole, tous traversent l’océan dans un grand oiseau blanc. Le voyage est long, très long.

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A l’arrivée, à Orly, en région parisienne, ils sont accueillis par de gentilles personnes. Leur seule consolation est de ne rencontrer désormais que des gens qui sont plein d’attention pour eux. Cela les aide énormément, les rassure.

Mais avant d’arriver à leur destination finale, il faut encore faire un bout de chemin, en voiture cette fois, plus ou moins long selon les régions où ils doivent se rendre.

Une partie d’entre eux sera placée en famille d’accueil, la plupart seront dans des refuges, avec plus ou moins de liberté selon les structures.

Il arrive que certains aillent directement chez leurs adoptants, ce sont les plus chanceux.

Tous découvrent leur nouvel environnement et s’y adaptent comme ils le peuvent. Ce n’est qu’une étape encore vers le chemin du bonheur mais ils ne le savent pas.

Ceux qui sont en famille se laissent doucement aller aux caresses et à la tendresse que leur prodiguent ceux qu’ils considèrent déjà comme leurs nouveaux maîtres. Ils ne peuvent deviner que ce n’est que provisoire.

C’est plus dur pour ceux qui sont en refuge, surtout s’ils étaient en foyer en Guadeloupe, ils se sentent abandonnés. Ils essaient de comprendre les nouvelles règles, de suivre le rythmequi leur est imposé et progressivement profitent des instants de liberté et des visites des humains.

La plupart sont contents de pouvoir s’ébattre avec leurs congénères mais il arrive que des créoles aient subi des attaques de chiens durant leur errance sur leur île, alors ils se méfient et restent en retrait.  

C’est le cas de Rockabye.

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Pour ceux-là, les journées sont longues, très longues, ils s’isolent et essaient de tuer le temps comme ils le peuvent.

Heureusement le grand jour de l’adoption arrive !

Au refuge, les créoles ont fait connaissance avec leurs nouveaux maîtres, ils sortent en général confiants et contents. Ils montent alors sans difficulté dans la voiture qui les emmène, ils ne savent pas encore où mais ils sentent le plus souvent que le bonheur est au rendez-vous.

Pour quelques- uns persiste cependant l’appréhension de l’inconnu mais elle s’estompera vite après quelques jours passés dans leur maison.

Pour ceux qui sont en famille d’accueil, la séparation est douloureuse. Pour certains c’est même le deuxième traumatisme de l’abandon après celui vécu en Guadeloupe, cela fait beaucoup, beaucoup trop. Plus ils sont restés longtemps, plus c’est difficile.   

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Hella regarde avec appréhension son nouveau maître qui l’emmène.

Fort heureusement il n’y aura pas de très long voyage à subir et l’arrivéedans une maison chaleureuse apaisera vite leur angoisse.

Tous apprécieront rapidement le confort qui leur est offert, les caresses qui leur sont prodiguées et les longues balades. Tous profiteront de leur bonheur tant mérité après un parcours si douloureux.

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Pour quelques-uns la peur de l’abandon subsistera et ils seront pour toujours collés à leurs maîtres, épiant leurs moindres gestes pour ne jamais les perdre de vue.

Le parcours est long et difficile pour les créoles, ils ont vraiment mérité d’atteindre un jour le bonheur, de découvrir la vie digne que tout animal devrait connaître.

Ce sont des chiens attachants, fidèles, reconnaissants. C’est un drame qu’ils ne soient pas mieux considérés en outre-mer.

On peut remercier les familles d’accueil qui se dévouent pour eux, les soignent pendant des semaines et les regardent partir vers leur nouvelle vie le cœur déchiré. Il faut laisser la place à ceux qui attendent dans la rue. C’est un cycle sans fin.

Ecrit par Mabel