Boulou__fid_le_au_point_de_risquer_sa_vie_pour_rejoindre_son_ma_tre

 

 

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J’étais allée passer Noël avec des amis en voilier à Terre de Haut, île des Saintes, proche de Marie Galante. Hier, alors qu’ils allaient continuer à naviguer, moi je m’apprêtais à rentrer à Marie Galante par le bateau-navette.

Aux Saintes, il y a un très long quai car de nombreux grands bateaux transportent les touristes depuis la Guadeloupe pour la journée.

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Tôt le matin, les voiliers ont le droit de faire le plein d’eau. Mes amis ont donc abordé ce quai, désert à cette heure, et moi j’ai débarqué.

Comme j’avais du temps, je suis restée au bout de ce quai pour les regarder partir.

Arrive alors un petit chien, affolé, qui voulait aller au bout du bout de ce quai. Il allait, venait et sans doute pour aller encore plus près du bout du quai, il a sauté sur un bloc de caoutchouc fixé à l’extérieur pour amortir les bateaux lorsqu’ils accostent.

Ne le voyant plus, je me suis approchée et n’ai eu que le temps de le voir tomber à l’eau 3 mètres plus bas. Il nageait, tournait et je ne savais pas quoi faire. J’hésitais à plonger car tous mes bagages étaient sur le quai. J’ai regardé si je voyais une échelle pour éventuellement remonter avec lui, l’abord à terre est difficile car c’est un genre de digue avec d’énormes cailloux.

A ce moment-là, j’ai vu le bateau des sauveteurs en mer qui se dirigeait vers un autre petit quai, réservé à eux et à la police.  

Je leur ai fait de grands signes, ils se sont approchés et ont fini par voir le chien. L’un d’eux a plongé, a aidé l’animal et l’autre a pu le remonter à bord dans une sorte de grosse épuisette. Ouf ! Sauvé !

Quelques minutes plus tard, je les ai rejoints. Ils avaient attaché le petit chien qui n’avait qu’une idée retourner dans l’eau. Attaché court, il parvenait à sauter sur le plat-bord du bateau. Puis voyant qu’il n’arrivait à rien, il a commencé à ronger la corde qui le retenait. En deux minutes, il ne restait plus qu’un brin.

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J’ai alors proposé aux sauveteurs de me charger de lui. J’avais du temps, mon bateau ne partant que l’après-midi.

Le petit chien ne voulait pas me suivre, je l’ai porté jusqu’à une terrasse où il a fini par se calmer.

La dame du bar, où nous étions, lui a gentiment apporté de l’eau qu’il a refusée. Rien ne l’intéressait si ce n’est tenter de capter, le nez en l’air, l’odeur de ses maîtres. Chacun autour de moi pensait qu’il avait été abandonné par des plaisanciers partant vers le sud dans les îles anglaises où les formalités d’entrée pour les chiens sont plus sévères.

Lorsqu’il a fini par m’accorder un peu de confiance, nous sommes partis faire un tour, j’espérais que quelqu’un le reconnaîtrait. J’étais, bien sûr, prête à l’emmener avec moi à Marie Galante s’il n’y avait pas d’autre solution.

Après quelques minutes, un monsieur m’a abordée et m’a demandé : « C’est le petit chien qui était à l’eau ? »

Puis, comme ça se passe dans les îles, un autre s’est approché et m’a dit : « C’est le chien à Monsieur D. »

Puis un autre : « Son beau-fils est là-bas ».

Finalement, j’ai trouvé le beau-fils qui m’a dit que le chien s’appelait Boulou. L’homme était à son travail qu’il ne pouvait quitter mais a appelé sa famille et un adolescent est arrivé en scooter (les voitures sont interdites sur l’île, les habitants se déplacent en scooter).

Certains chiens ont l’habitude de se caler sur la partie plate du scooter, mais pas Boulou. Après plusieurs essais infructueux car Boulou sautait à terre au risque de se blesser, j’ai proposé d’emmener le petit chien à pied. Le jeune homme m’a attendue devant la maison de son grand-père dans laquelle nous avons enfermé Boulou et c’est là que j’ai compris.

« Mon papi est parti ce matin par le premier bateau, à 6h, en Guadeloupe faire des examens médicaux. Son chien a l’habitude de le suivre partout. Quand il va à la plage, le chien va avec lui. Quand il va au village, le chien le suit. Mon papi revient ce soir. »

Le petit Boulou a vu partir son maître avec le bateau et, après avoir bien hésité, près d’une heure plus tard, il s’est décidé et a sauté à l’eau pour le rejoindre.

Pauvre Boulou. Si fidèle au point de risquer sa vie pour rejoindre son maître.

Et un grand merci à ces sauveteurs en mer qui, comme à leur habitude, sont d’une dévotion exemplaire.

 Ecrit par Nelly 2