La_naissance_des_b_b_s_de_Lassie__une_aventure_merveilleuse

 

Fin Janvier 2019, j’apprends par l’association pour laquelle je suis bénévole, que Lassie, une chienne en provenance de Guadeloupe attend des petits. Elle a un peu plus d’un an et se trouve depuis son arrivée en métropole dans une famille d’accueil sur Paris.

Le verdict du vétérinaire tombe, sept bébés sont prévus dans une huitaine de jours. La famille bouleversée ne se sent pas capable de gérer cela dans son appartement.

Je commence à réfléchir … Je vis dans un chalet avec du terrain, mais nous sommes en janvier, il fait très froid, où vais-je mettre la portée si je décide d’aider Lassie ? J’ai deux chiennes Daka et Plazza.

Mais je ne peux enlever de mon esprit cette petite créole bientôt maman. Je pense à Plazza, ma petite « mère courage » qui avait eu sa portée en Guadeloupe avant que je l’adopte.

Je décide donc d’accueillir Lassie et de vivre la grande aventure de la vie avec elle. L’association accepte ma proposition.

Je me projette. J’ai une toute petite pièce dans laquelle je regarde la télévision certains soirs. Je vais la libérer, bâcher le sol car tout est en bois, construire une porte grillagée pour la fermer et une caisse pour la mise bas ! Plus tard j’y mettrai un parc à chiots pour que les bébés ne grignotent pas mon chalet !

Aussitôt dît, aussitôt fait. Le lendemain la famille d’accueil actuelle de Lassie me l’emmène en voiture.Elle est belle, trop belle ! Pelage noir avec un demi-collier blanc autour du cou, pattes blanches. J’avais « flashé » sur elle en voyant sa photo et la voilà !

La cohabitation avec mes deux louloutes ne se passe pas trop mal. Chacun se jauge. Daka reste en hauteur sur son petit fauteuil la plupart du temps, Plazza ne s’approche pas trop.

La première semaine, je cherche à gagner la confiance de Lassie, je lui apprends à dormir dans la petite pièce de mise bas. Toutes les nuits elle me réveille deux à trois fois pour ses besoins, je la sors en laisse car il fait noir et j’ai peur qu’elle ne vienne pas si je l’appelle. Il faut dire qu’elle mange environ 2,5 kilos de nourriture ménagère par jour avec un ou deux steaks hachés en plus. Elle a souffert de malnutrition et il lui faut de la bonne nourriture pour que ses bébés viennent en parfaite santé.

Souvent, je pose mes mains sur son ventre et je sens les petits bouger. Elle me laisse faire, le regard confiant. Elle sait que quelque chose va arriver, qu’elle est en sécurité et que je suis là pour elle. Je lui ai donné des friandises un soir, style oreille de cochon séchée, elle m’en a gardé une et me l’a apportée le lendemain matin. Cela m’a bouleversée.

Je lui parle, j’observe son comportement, je cherche à découvrir ce petit changement qui annoncera la mise bas très proche. Je commence à prendre sa température. J’ai remarqué qu’elle grattait dans sa caisse, qu’elle cherchait à se faire un nid.

Le 11 février, sa température chute. C’est le signe que la mise bas est imminente. Vers 23 h 30, elle me demande à sortir pour ses besoins. A 1 h 30 du matin, le 12 février, donc, elle me réveille et gratte la porte d’entrée du chalet. Je décide de ne pas la sortir de suite, vu qu’elle a fait deux heures auparavant, elle gratte de plus belle, elle insiste. Je viens m’asseoir près d’elle. Les minutes passent, elle pleure pour sortir, elle commence à aller et venir. Soudain, elle se met à haleter très rapidement et se met en position de faire ses besoins. Je la tire alors doucement mais fermement vers l’endroit que j’ai préparé pour la naissance de ses petits.

Vers 2 h du matin, le premier bébé nait. Une « boule noire » glisse sur la couverture. Maman Lassie lèche le placenta jusqu’à le déchirer, lèche son chiot avec vigueur jusqu’à ce qu’il gémisse, puis mange le placenta et coupe le cordon. Paco est né ! Une petite réplique de sa maman. Paco le plus petit, Paco que j’ai nourri au biberon par la suite car la bande de morphales que seront ses frères et sœurs auraient mis sa vie en péril.

Maman Lassie semble émerveillée et son regard est doux et fier lorsqu’elle me regarde. Elle lèche son bébé avec précaution et le surveille.    

Une demi-heure passe ainsi et soudain Lassie se cale contre le mur, se couche sur le côté, elle se lèche la vulve. Une « boule plus claire » émerge cette fois et le même scénario qu’avec Paco se reproduit.  Maman Lassie lèche vigoureusement le placenta jusqu’à ce qu’il se déchire, puis son bébé jusqu’à ce qu’il gémisse, coupe le cordon et mange le placenta. Une autre « boule plus claire » suit puis après un petit temps de repos trois autres « boules grises » suivent.

A ce moment-là, les six chiots sont déjà à la recherche des mamelles et je les guide vers la source de nourriture. Ils tètent avidement ! J’ai bien sûr mis des gants chirurgicaux car les chiots sont très fragiles à la naissance !

       Lassie 0              Lassie 1                               

Je sors prendre un bol d’air quelques instants. La nuit est claire et étoilée. Je contemple le ciel et remercie l’univers car « tout se passe très bien ». Jamais je n’avais vécu une telle expérience auparavant. Je n’ai pas eu d’enfant. Le « miracle de la vie » est quelque chose d’extraordinaire ! J’ai la gorge nouée. Je pleure. Je dégage ce stress que j’avais depuis quelques jours, à savoir si je serais à la hauteur pour accompagner la naissance de mes « frères et sœurs, êtres vivants ».

Sereine, je rentre dans le chalet. Maman Lassie a un regard bienveillant, elle lèche ses bébés un à un, les pousse doucement avec son nez pour en écarter un d’une tétine et qu’un autre puisse l’atteindre. Certaines mamelles sont plus sèches que d’autres et la maman sait que le premier lait que nous appelons colostrum doit être bu par tous ses petits. Ce colostrum est un trésor pour le développement des chiots et il est indispensable que chacun en boive tout son soûl.

Soudain, maman Lassie recommence à se lécher la vulve et une autre « boule » arrive ! Il doit être environ 5 h du matin et le septième bébé vient de voir le jour. L’échographie en révélait sept, je me dis donc «  Génial ! Tout s’est super bien passé ! Les sept bébés sont bien vivants et tous tètent goulument ! »

Je suis émue, super heureuse, émerveillée car si maman Lassie semble fatiguée, elle n’a jamais montré aucun signe de souffrance.

Je m’étire car j’ai mal partout pour être restée plus de trois heures à côté de ce petit monde et  surprise ! Une autre « boule » émerge alors que Lassie recommençait à se lécher. Bon et bien il devait être caché lors de l’échographie !

Il est maintenant près de 6 h du matin et je décide d’aller me reposer un peu et retrouver Daka et Plazza qui n’ont pas fait un bruit durant toutes ces heures.

Daka est toujours sur son fauteuil en hauteur dans le salon, elle a tout vu mais n’a pas « pipé un mot » ! Plazza m’attend sur mon lit. En aucun cas elle ne veut s’approcher de la petite pièce de mise bas.

C’est lorsque je veux éteindre la lumière que je vois une autre « petite boule grisâtre » apparaître ! Oups ! Nous en sommes à neuf maintenant. C’est Perle, la petite dernière, petite comme Paco, alors que tous les autres sont bien plus gros.

A nouveau, je guide les bébés vers les mamelles et tous tètent avidement.

Fatiguée, je décide d’aller me reposer un peu. Je tombe littéralement endormie et me réveille deux heures plus tard. Je vais directement voir Lassie et les chiots. Tout va bien. Tout est « nickel ». La maman a tout nettoyé, les petits tètent, elle est heureuse !

 Lassie 3

 

Daka et Plazza sortent de ma chambre en rasant les murs, la queue entre les pattes. Ni l’une ni l’autre ne veulent aller voir Lassie et ses bébés.

S’ensuivent près de deux semaines, pendant lesquelles les rapports entre mes chiennes et Lassie deviennent très difficiles. Daka recule lorsqu’elle l’aperçoit, Plazza file à toute vitesse, elle tremble et semble avoir très peur.

Un matin alors que je ravive le feu, un combat entre Lassie et Plazza éclate dans mon dos.

Je jongle alors pour que mes chiennes ne croisent plus Lassie et la situation est telle que je décide de demander à ma voisine, qui est aussi mon amie, si elle peut garder Daka et Plazza la journée. Elle accepte volontiers.

Après environ 11 jours, les bébés commencent à ouvrir les yeux, ils m’observent avec leurs grands yeux, me découvrent, découvrent la pièce où ils se trouvent. Ils « piaillent » dès qu’ils ont faim et maman Lassie se couche, les nourrit, toujours avec ce regard fier et bienveillant.

Je suis très triste pour Daka et Plazza. Je vais les voir plusieurs fois dans la journée, elles adorent ma voisine mais je suis mal de ce que je leur impose. Je leur parle et je suis certaine qu’elles comprennent même si Daka le matin ne veut pas partir et que je dois la porter.

Nous en sommes à la troisième semaine depuis la mise-bas. Les chiots grossissent « à vue d’œil », ils passent le plus de leur temps à téter. Maman Lassie s’occupe à plein temps d’eux, les léchant pour les stimuler à faire leurs besoins, les repoussant de ses mamelles lorsqu’un de ses bébés n’a pas tété.

Elle mange toujours près de trois kilos de nourriture ménagère tous les jours, avec plein de viande. Elle a besoin de vitamines, allaiter une portée de neuf chiots pour une chienne d’environ 15 kilos doit être éprouvant !

Peu après je vois que cela devient très difficile pour elle. Ses mamelles sont pleines de griffures. Elle doit avoir très mal. A partir de la quatrième semaine, Lassie ne veut plus rester dans la salle de mise bas avec ses chiots toute la journée. Elle va allaiter très souvent mais elle aime jouer dans le terrain, avec un gland, avec un marron, courir comme une folle.

En fin de quatrième semaine d’allaitement, je dois pousser Lassie dans la pièce où sont ses chiots pour qu’elle allaite. Alors elle me brise le cœur. Elle le fait, debout, comme résignée. Quand je regarde les griffures sur ses mamelles, j’ai mal pour elle. La crème que je lui mets la soulage peut être un peu mais n’a pas le temps d’agir pour aider à la cicatrisation des plaies.

Je me dis que ce n’est plus possible de continuer comme cela et je décide de préparer des gamelles pour les chiots, avec des croquettes starter et du lait maternisé. J’ai déjà nourri Paco le plus petit au lait maternisé depuis quelques jours car la bande de piranhas qui font tous aujourd’hui près de deux kilos, sauf Perle, ne lui permettent plus d’atteindre les mamelles assez souvent.

Ce soir-là, avant que je ne donne les gamelles que j’avais faites, Lassie se met à  régurgiter son repas pour ses petits. Elle le fait dans le parc à chiots, devant moi. C’est comme si elle et moi savions qu’il fallait abréger ses souffrance dues à l’allaitement. C’est une osmose entre elle et moi. C’est un moment très, très fort.

Par la suite les petits se jettent sur mes gamelles. Aucun problème à laper ! Le sevrage commence !

A partir de ce jour, tous les matins lorsque j’ouvre les volets, je vois neuf petits chiots debout contre le grillage du parc à chiots, piailler et me regarder, certainement me disant « on veut manger » !

J’ai mis trois très grandes gamelles, de façon à ce qu’ils se répartissent équitablement. Si je n’ai jamais chronométré en combien de temps elles étaient vides, elles le sont à une vitesse « éclair » !

Une portée de neuf chiots qui font entre 2,3 et 3,7 kilos fin mars nécessite de l’espace. J’ai donc acheté un parc à chiots plus grand qui remplit en grande partie la petite pièce et un autre pour le jumeler avec celui que l’association m’avait prêté pour le terrain.

Tous les jours, vers 11 h si le soleil est là et si la température n’est pas inférieure à 20 degrés, je sors les chiots sur une bâche qui recouvre le sol pour que tiques où autres insectes ne les atteignent pas. J’ai vaporisé la bâche avec du vinaigre blanc dilué.

    

Lassie 4        Lassie 5

Lassie me demande pour entrer dans le parc et jouer avec ses petits lorsqu’elle le décide. D’autres fois elle tourne autour du parc ou part dans le terrain. Les chiots sont très cools. Les tondeuses à gazon, la soufflerie pour feuilles, le passage d’une voiture ou d’autres bruits bien plus forts ne les dérangent pas. En revanche, si maman Lassie part en courant et en aboyant vers un oiseau ou pour répondre à un chien qui aboie au loin, ils se dressent contre le grillage et l’observent attentivement.

Lorsqu’ils sont dehors, je nettoie leur petite pièce, change les bâches, les cartons, désinfecte. S’il ne fait pas beau, c’est très compliqué car les neuf s’agrippent à mes chaussures, ma veste, mon pantalon, mes cheveux. J’ai tellement de griffures sur les bras que j’ai mis des bandes pour me protéger !

Le matin, pour enlever les cartons recouverts d’excréments avec 9 petits monstres qui s’accrochent à moi, c’est une épreuve de force car je suis très fatiguée au réveil !

Ils sont tous adorables séparément ou à deux ou trois ! Mais neuf d’un coup c’est la folie dans un petit espace ! Et je ne veux pas les laisser courir dans le chalet car tout est en bois et leurs petites dents n’hésiteraient pas à s’attaquer aux murs, et puis il y a les prises électriques ! Je les laisse quand même, à tour de rôle, par deux avec leur maman.

Lassie est devenue très « dure » avec ses bébés. Elle les éduque ! Elle leur grogne dessus, saute, les deux pattes jointes, juste à côté de leurs petits corps. Elle leur court après, les attrape par le cou, les plaque au sol lorsqu’ils se rebiffent ! Certains sont vindicatifs, viennent chercher noise à leur maman, se rebiffent, lui aboient dessus, la mordent.

Les caractères de chacun se dessinent. Les « deux gros blancs » et le petit noir Paco sont en général à l’écart des bagarres. Les trois grises, Perle, Pepsi, Priska, et Pakito le mâle beige clair, n’hésitent pas à se rebeller contre l’éducation de la maman. Peluche, un mâle gris et Pacha, femelle beige foncé, sont plus posés.

Ce fut un boulot à temps plein mais je ne regrette rien, c’est vraiment une expérience fantastique, pleine d’amour, de reconnaissance, de partage, une communion entre l’humain et un « être vivant différent », une expérience aussi, on apprend, on fait des erreurs qu’on ne fera plus une prochaine fois.

Aujourd’hui, huit des chiots ont été adoptés, sept par des personnes qui sont venues les voir chez moi. Pour eux je reçois des photos et j’ai des nouvelles. Ils vont tous super bien. Le neuvième est en cours d’adoption.

Lassie a trouvé sa famille également. Ses adoptants sont fantastiques Ils sont venus la rencontrer et en sont tombés amoureux ! Ils m’ont apporté un panier pour elle, dans lequel elle est tout de suite allée se coucher !

Lassie panier 2

   

Ils résident à huit kilomètres de chez moi, à la campagne, dans une propriété avec un grand terrain totalement clôturé.

J’ai par la suite emmenée Lassie chez eux pour observer son comportement. Elle s’est montrée très différente. Elle était calme, curieuse, pas stressée du tout. Chez moi, avec les bébés, elle était tout le temps sur le qui-vive, aboyant sur tout ! Elle ne laissait aucun chien pénétrer dans le chalet lorsqu’elle était là, il était devenu son territoire et celui de ses petits.

Le 10 Avril, Lassie est partie définitivement chez ses adoptants. Cela a été un crève-cœur mais je sais qu’elle est heureuse aujourd’hui. J’attends pour aller la voir. Je ne veux pas la déstabiliser. Elle est « à côté » Que pouvais-je espérer de mieux ? J’irai la voir en mai.

J’ai repris ma vie avec Daka et Plazza. Je sais qu’elles ne m’en veulent pas. Elles ont compris ce qu’il s’était passé et notre amour a encore grandi !

Il a fallu 10 jours pour que Plazza accepte de venir le soir dans la petite salle télé que j’ai réaménagée. J’ai nettoyé mais les odeurs sont certainement là et encore là pour longtemps.

Plazza et Daka

                                          

C’est une histoire merveilleuse car tout finit bien !

 

Ecrit par Muriel et Mabel