Coucou c’est moi Joyce
Je suis née dans la rue, en Guadeloupe, au mois d’août 2014, sur la commune des Abymes, dans la section Chazeau.
Ma maman a été appelée Chaza pour cette raison. Nous étions six frères et sœurs.
Nous avons pu être tous sécurisés dans une famille d’accueil. Notre tatie nous a nourris, dorlotés, éduqués et plus que tout aimés. Elle nous a aidés à grandir.
Je suis partie avec mon frère Bébert, trois mois plus tard dans un refuge en métropole. Ma maman a attendu un peu plus longtemps avant de faire elle aussi le grand voyage. Je sais qu’elle a été adoptée assez rapidement.
Je n’ai jamais su ce qu’étaient devenus Laurel, Nexte, Heckel et Jeckel. Je sais juste qu’ils n’ont pas traversé l’océan. J’espère qu’ils ont survécu et qu’ils ont trouvé un bon foyer en Guadeloupe.
Pendant ce temps-là, en métropole, vivaient dans une gentille famille, Ewok et Figue, deux chiens trouvés eux aussi, dans la rue.
Ewok était de santé fragile et à l’âge de 6 ans il s’est envolé pour le paradis des chiens, là juste derrière l’arc en ciel.
Ses maîtres étaient tristes, Ewok leur manquait.
Quant à Figue, elle ne voulait plus jouer à la balle, elle ne sautait plus, elle était chagrine et s’ennuyait beaucoup.
Sa famille a pensé, alors, qu’il lui fallait un nouveau compagnon.
Sur le site du refuge le plus proche, quelques bébés chiens attendaient qu’on leur donne un peu de chaleur. Un vendredi après-midi, mon frère Bébert et moi sommes apparus nous aussi. Nous étions arrivés quelques jours plus tôt. Je m’appelais alors Gonzy.
Le lendemain matin, celle qui est devenue ma maman est allée dès l’ouverture pour nous rencontrer. Nous étions nombreux dans les boxes.
J’étais dans une cage avec mon frère, nous nous serrions l’un contre l’autre car nous avions très froid. En Normandie, au mois de novembre, il pleut souvent et la température est basse, l’humidité nous transperçait. En Guadeloupe nous étions habitués à vivre à trente degrés, la transition était très dure.
Elle s’est arrêtée devant nous, s’est penchée, je l’ai vue verser quelques larmes.
Puis elle a demandé à ouvrir la cage, nous a alors serrés contre elle, pour nous réchauffer du mieux qu’elle pouvait. Je sentais qu’elle avait un faible pour moi et j’espérais ne plus jamais quitter ses bras si réconfortants.
A sa demande, son mari est venu avec Figue. La chienne nous a regardés mais n’a pas trop réagi, plus intéressée par la distribution de croquettes qui commençait.
Un autre couple attendait, il fallait qu’ils se décident vite.
Je ne m’étais pas trompée, la dame a décidé que c’est moi qui repartirais avec eux.
J’étais doublement aux anges quand j’ai vu que Bébert s’en allait avec l’autre famille. J’aurais été triste de le laisser derrière moi.
Nous avons donc quitté le refuge ensemble mais pas dans la même direction.
A mon arrivée à la maison, je suis allée dans le jardin mais il faisait vraiment trop froid. Cette pluie qui tombait sur mon dos, pas très fourni en plus, me faisait mal, me glaçait. Alors maman a pris un vieux manteau et a coupé la manche pour me recouvrir. Papa a dit que j’étais belle et j’ai joué avec Figue. Puis nous avons fait un gros dodo.
Voilà, le début de ma courte vie, ma naissance en Guadeloupe et mon arrivée en métropole, dans ma famille.
Aujourd’hui j’ai 2 ans et demi, je fais la joie de mon « papa » et de « maman », je crois qu’ils me prennent encore pour leur « bébé ».
Merci à toutes les bonnes fées de Guadeloupe.
Mon vœu le plus cher en ce début d’année, c’est que tous les chats et chiens de Guadeloupe, ne soient plus obligés de quitter leur ile.
Ecrit par Mathilde et Mabel


